Fan de RnB et féministe : l’art de la dissociation d’Eva

📖 8 min de lecture

Je vais commencer par calmer tout le monde. Direct. J’ai une passion pour le RnB des années 00’s et fin 90’s. Il y a une raison à cela. J’ai grandi avec. Collée devant les clips depuis l’âge de 4 ans. Trop jeune pour MTV, Fun TV ou M6 Musique ? Foutaises ! Mes parents ont mis l’éducation Montessori en P.L.S avant même qu’elle n’occupe le devant de la scène des vélos cargos awards. Le RnB, c’est un mon petit plaisir solitaire, ma madeleine de Proust, mon Kinder Country à moi. Dès que j’entends l’intro de Temperature de Sean Paul aguicher mon oreille, je suis absorbée par un mélange de nostalgie (beaucoup) et de honte (un peu), mais surtout de kif intersidéral. Je me transforme instantanément en reine du lipsink ! Punani et Misty Phoenix n’ont qu’à bien se tenir ! J’ai aussi une addiction à l’émission Drag Race. On garde cela pour une autre fois. À chaque article suffit son drama (libre).

R&B et féminisme : le choc des mondes

Culture musicale et élitisme

Mon entourage dit de moi que j’ai une grande culture musicale et d’excellents goûts musicaux (modestie quand tu nous tiens). Mais quand je me lance dans un plaidoyer en faveur du RnB des années 2000, ils ont l’air déçus. Comme si ce style musical était moins noble qu’un autre et qu’il ne pouvait se trouver uniquement dans des playlists de la honte. Pourquoi ?  Parce que je suis imbattable au blind test ? Qu’ils sont jaloux des Etnies à damier que je portais en 5ème C ? Bande de rageux ! Ne vous en déplaise, je défendrai toujours mes playlists !

queens du rnb

MAIS. Il y a un « mais ».

Comment puis-je vénérer la prophétesse féministe Ovidie et m’ambiancer follement sur U Remind Me de Usher ? Allez cadeau, je vous propose une étude approfondie de ce titre emblématique de 2001 ! D’abords, les paroles :

You remind of a girl, that I once knew. Tu me rappelles une fille que j’ai connue avant.

See her face whenever I, I look at you. Je revois son visage quand je te regarde.

You won’t believe all of the things that she put me through. Tu ne croiras pas toutes les choses qu’elle m’a fait subir.

This is why I just can’t get with you. C’est pour ça que je ne peux pas être avec toi.

Thought that she was the one for me, Je pensais que c’était la bonne.

Oh, she was sexing everyone, but me. Elle faisait l’amour avec tout le monde sauf moi.

Goûts musicaux douteux et féminisme

Écoute-moi bien Usher, le discours de manipulateur lâche « mon ex était folle » on le connait et on ne tombe plus dans le panneau. Il s’agirait aussi de vivre avec ton temps… le devoir conjugal c’est moyenâgeux. Et comme le dit très bien Ovidie, ce n’est pas nous qui sommes des « mal baisées », ce sont les hommes qui nous baisent mal. #notmallmen aussi ?! Allez Usher, next ! Remonte dans le bus mec !

Passons au clip, le glaçage sur le cinamon roll. Le gars pratique avec brio le harcèlement de rue durant plus de 4 minutes. Pas besoin de chercher plus loin pour faire un atelier de sensibilisation sur le sujet, tout y est. Vous appréciez le moment d’apothéose où le gars devient frotteur le temps d’une rencontre fortuite avec un arbre au détour d’une rue (1min20). Les femmes hypersexualisées, cela va sans dire, défilent tels des éléments du décor. Puis (2min20), je retomberai presque dans le panneau lorsqu’il enchaîne ses pas de hip-hop (les mêmes que j’apprenais à 10 ans dans la salle de danse), en Nike Shox sous la pluie pour monter dans sa Lamborgini de gros boloss : « Yeah le feu, meilleur moment du clip ça ». On termine en apothéose dans un club avec un léché de pouce, qui me donne des relents, en guise de présentation.

no limit pour le rnb

Comment puis-je tenir ma réputation de féminazie quand je flanche à l’écoute de Let Me Love U de Mario ? Encore un prince des promesses non tenues (encore une) et du baratin ? Mais non voyons, il veut délivrer son amoureuse du vilain menteur qui lui fait du mal. S’il vous plaît, laissez-moi y croire, ne serait-ce que pour la chorégraphie et le petit pas en duo à 3min25 ! Mon Dieu, je donne dans le féminisme sélectif, honte à moi !

If I was ya man (baby you) Si j’étais ton mec baby*

Never worry bout (what I do) Tu n’aurais pas à t’inquiéter de ce que je fais

I’d be coming home (back to you) Je rentrerais à la maison pour toi

You should let me love you Tu devrais me laisser t’aimer

Let me be the one to give you everything you want and need Laisse-moi être celui qui te donne tout ce que tu veux et ce dont tu as besoin

Baby good love and protection de l’amour pur et de la protection bébé

enfant exctasiée

RnB et féminisme : oui c’est possible

Du RnB féministe

Une chose est sûre : dans la grande majorité des clips de RnB du début des années 2000, les femmes sont hypersexualisées et souvent réduites au statut d’objet ou jouet sexuel. Mais pas si vite, vous ne vous en tirerez pas comme ça ! Je vais remonter mes mitaines Von Dutch et vous monter que le RnB compte aussi son lot de queens badass qui ne se laissent pas marcher sur les pieds et remettent les relous rapidement à leur place ! La liste est longue, mais je vous donne quelques-unes de mes pépites. Je vous invite à brancher votre casque Skullcandy à l’iPod shuffle et appréciez de douces paroles qui mettent des pieds-bouche au patriarcat.

Des queens du R’n’B féministe

Love Don’t Cost A Thing de Jennifer Lopez : pour J-Lo, l’amour ne s’achète pas. Si tu penses pouvoir la soudoyer avec une voiture de luxe et des bracelets en or, tu te trompes mec. Pas besoin d’artifice, être sois-même ça suffit. Garde la monnaie.

No Scrubs des TLC  : ou l’hymne anti red-flag de 1999. Les mâles alpha égocentriques restez où vous êtes, on ne vous donnera ni date, ni numéro, ni temps.

Say My Name des Destiny’s Child : calme-toi avec les mots doux. Commence par dire la vérité et m’appeler par mon prénom. Après on pourra discuter.

I’m Outta Love d’Anastacia :  la prochaine fois que vous devez vous séparer d’un mec toxique, envoyez-lui ce titre, tout y est. « nianiania ça c’est pas du RnB par contre » je m’en fout, c’est mon article !

Les Pussycat Dolls le disent aussi « I Don’t Need A Man » ! Pas besoin de mec, encore moins d’une bague aux doigts pour être heureuse. B de bye.

Hollaback Girl de Gwen Stefani : si tu parles trop derrière son dos, Gwen va débarquer avec ses copines pour te botter le postérieur. Tremblez les mascus fragiles !

Like A Boy de Ciara  : le jour où cette reine va sortir sa baguette magique pour inverser les rôles, ça va faire mal, très mal. C’est les paroles, pas des menaces…

Rihanna la queen

Résumons. Vous avez le droit de battre les œufs dans la cuisine devant un clip bien misogyne de Sean Paul (Shana Pal) à fond, puis de lire La chair est triste hélas (à retrouver dans le top lecture du Dramalibre) pendant que la tarte est au four.

Quant aux agresseurs, violeurs et prédateurs tels R Kelly, P. Diddy et autre Chris Brown, respectivement condamnés pour viols, trafic sexuel et violences conjugales, on ne sépare pas l’homme de l’artiste et le boycott est de mise ! Je pourrais malheureusement en citer bien d’autres tant la violence des hommes est systémique.

Si le RnB n’est pas votre style de prédilection, ce que je peine à comprendre, vous devriez trouver votre bonheur dans l’une des playlists du baladeur du Dramalibre. Il y a de quoi se faire du bien aux tympans, il parait même qu’Onoun est fan de métal… quelle idée !

Baladeur Dramalibre, les sources
  • Les goûts et pensées d’Eva ;
  • Liens des musiques vers YouTube ;
  • Image de couverture : Canva ;
  • Images et Giphs : Giphy.

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Eva

Eva

Invitée sur le Dramalibre, Eva aime l'art, la musique, les mèmes, le féminisme et bien d'autres choses !

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